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Publié le par Serge

Bard, le 2 mars 2005

Bonjour à tous,

Je réalise que nous n’avons pas écrit depuis le 11 février. Nous sommes toujours dans le désert et il ne se passe pas grand-chose. Nous tentons d’améliorer nos finances mais nos efforts ne donnent pas entièrement les résultats escomptés…! Nous devrons continuer à nous serrer la vis, et prévoir un itinéraire qui évite les tentations genre villes importantes où l’on trouve beaucoup d’occasions pour dépenser : campings dispendieux, restaurants, attractions de toute nature…!

Voici quelques réflexions diverses suite à notre arrivée dans la région de Yuma.

LE CLUB ESCAPEE (SKP) ET SON CAMPING À YUMA

Avant de partir j’avais évalué différents clubs de camping et les avantages qu’ils me procurent. Le club Escapee m’avait paru particulièrement intéressant pour différentes raisons : il avait été fondé par des « fulltimers » (voyageurs à plein temps) et semblait offrir des services particulièrement pour cette catégorie de voyageurs. De plus, c’est le seul club de camping à but non lucratif à posséder des terrains réservés pour ses membres.

En arrivant à leur camping de Yuma, je m’attendais à rencontrer des gens intéressants et ayant le goût de l’aventure et des voyages.

Ma déception fut grande en constatant que ce camping regroupait surtout des personnes âgées dont plusieurs avaient des installations permanentes qui constituaient, en quelque sorte, un chalet d’hiver à la chaleur. Au fil des ans, avec près de la moitié des emplacements avec installations permanentes, ce camping est de moins en moins un camping. Les autres sites, disponibles en location, « appartiennent » à des membres et il faut le leur remettre avec un avis de 7 jours…! Enfin, ce club sélect de petits vieux a, petit à petit, adopté des règlements pour ce camping qui rendent la vie misérable à tous les enfants de moins de 18 ans : défense de circuler seul dans les édifices du club, défense d’être seul dans la piscine, défense absolue d’utiliser le Spa, défense, défense, défense…! La prochaine assemblée annuelle de ce camping semble vouloir passer un règlement qui interdirait toute personne de moins de 55 ans…

Parti d’une bonne idée à l’origine, ce club, tout au moins le camping de Yuma de ce club, s’est transformé en une chasse gardée pour retraités qui bénéficient, pour un coût relativement modeste, d’un chalet d’hiver à la chaleur…! Tant pis pour les autres membres…

Heureusement, nous y avons rencontrés quelques membres québécois qui nous assurent que c’est beaucoup mieux dans les autres campings de ce Club. C’est à voir…!

LA VILLE DE YUMA

Avec une population d’environ 80 000 habitants permanents, la ville de Yuma est de taille moyenne. Née au 19e siècle (Fort Yuma), on y trouve aujourd’hui tous les principaux commerces et services dont on peut avoir besoin.

Sa population vit principalement d’agriculture et …de tourisme. On y trouve aussi deux importantes bases militaires. Située le long du fleuve Colorado et protégé à l’Ouest par les montagnes, Yuma bénéficie d’une sorte de micro-climat aussi chaud qu’en Floride mais très sec (10 à 20 % d’humidité).

Malgré le désert, l’agriculture est ici très importante à cause de l’irrigation, et on procède à plusieurs récoltes annuellement.

Grâce au climat chaud et sec, le tourisme d’hiver s’est énormément développé au cours des années. On trouve donc ici beaucoup de personnes âgées, dont plusieurs viennent soulager leur rhumatisme…! Pour une raison que j’ignore, ce tourisme important est très majoritairement composé de campeurs qui voyagent avec des motorisés ou autres équipements similaires (5e roue, caravanes, etc.). Les campings (RV Resorts) sont donc très nombreux tant dans la ville qu’en périphérie et ils semblent tous pleins. On y vient donc pour y passer l’hiver et les séjours durent plusieurs mois en moyenne.

On évalue à environ 60 000 personnes ces villégiateurs long terme…! La ville déborde… et le réseau routier n’en peut plus…! La circulation routière est donc difficile dans la ville, surtout que celle-ci a été mal développée (à mon humble avis…!). On mélange allègrement nom de rues et chiffres pour les identifier. Par exemple, avec le chiffre 5 on retrouve : Ave 5½ , 5 th Ave, 5 th Ln, 5 th Pl, 5 th St. On retrouve un tel mélange jusqu’au chiffre 56. Je possède habituellement un bon sens de l’orientation, mais à Yuma j’ai besoin de la carte…!

Enfin, les rues présentent souvent des dépressions (l’inverse des dos d’ânes) qui servent à ralentir la vitesse; mais on ne les annonce jamais à l’avance, ni sur place…!

Les commerces sont nombreux et on y trouve de tout. Les meilleurs prix sont dans les magasins qui ont une forte clientèle hispanophone.

LES ACTIVITÉS MILITAIRES

Depuis les années 1940, Yuma a une importante activité militaire. Dans le désert, à une trentaine de kilomètres de la ville, on retrouve une immense base d’entraînement connue sous le nom de YUMA PROVING GROUND. On y entraîne des unités d’infanterie, de blindés et d’artillerie (c’est le plus long champ de tir du pays). C’est dans ce lieu aride et désertique que le général Patton, en 1942, entraîna les troupes américaines qui participèrent au débarquement en Italie. Aujourd’hui, vous vous en doutez bien, on y entraîne les troupes avant leur petit voyage en Irak!

Si le Proving Ground voit défiler de nombreuses troupes, Yuma abrite aussi la UNITED STATES MARINE CORPS AIR STATION. Cette base permanente d’une unité de Marines est attenante à l’aéroport de la ville. On y prépare aussi des petits gars à aller faire un tour en Irak…!

Comme vous pouvez vous en douter, avec tant de militaires dans les environs, il ne serait pas de bon aloi de trop critiquer ouvertement la présence américaine au Moyen-Orient… On n’insiste donc pas trop sur la position du Canada et de la France sur ce sujet. La région appuie ses soldats : le drapeau claque au vent, on chante l’hymne national la main sur le cœur et les oriflammes sont nombreux à prétendre que : God bless America (Dieu protège l’Amérique) ou We support our troops (Nous supportons nos troupes). En fait, c’est le chanteur Jean-Pierre Ferland qui, le premier, a donné l’exemple aux Américains avec sa chanson satyrique God is an American (Dieu est un Américain)…

FORT YUMA

Dans un premier temps, Yuma fut une mission d’évangélisation espagnole auprès des indiens de la région. Ces derniers n’apprécièrent pas trop et massacrèrent les curés (aujourd’hui ces mêmes indiens opèrent un casino…).

Au milieu du 19e siècle, les États-Unis avaient construit de très nombreux forts dans tout l’ouest américain afin de protéger les colons et les prospecteurs des attaques des indiens. L’approvisionnement de ces forts présentait un problème important. En effet, ils étaient situés trop à l’ouest pour être approvisionnés par les villes situées à l’est. Les provisions devaient donc venir de la Californie; mais la route était longue et il y avait les montagnes à traverser.

Un petit futé réalisa que le fleuve Colorado était navigable sur une longue distance, qu’il coulait à l’est des montagnes et qu’il se déversait dans le Golfe de Californie. Il suffisait donc d’amener les provisions de la Californie jusqu’à l’embouchure du Colorado par bateau et de les transférer sur des bateaux plus petits qui remonteraient le fleuve.

Fort Yuma fut construit en bordure du fleuve avec un entrepôt important qui servit de dépôt pour la majorité des forts de l’ouest. Ainsi naquit Yuma. L’entrepôt est toujours là et se visite. Le fleuve Colorado est toujours là aussi, mais il a bien changé, le pôvre…!

LE PARTAGE DES EAUX

Dans un désert ce qui compte c’est l’eau. Le fleuve Colorado est immense et coule sur plus de 2 200 km entre le Wyoming et le golfe de Californie au Mexique. Dans le désert Mohave, il constitue le fil de la vie pour les animaux, les plantes et … les hommes. Déjà avant l’arrivée des blancs, les indiens irriguaient leurs champs à partir du fleuve.

Lors de l’arrivée de la civilisation (un bien grand mot pour décrire ce qui suivra…) dans l’ouest américain, les premières agglomérations se créèrent le long des cours d’eau. Ce fut encore plus vrai dans le désert.

Alimenté à partir des neiges des montagnes, le Colorado était navigable sur une grande distance, bien au nord de Yuma. Mais la nature étant ce qu’elle est, le fleuve avait parfois des colères terribles et inondait tout sur son passage. Yuma y a goûté plus d’une fois.

Le chemin de fer étant arrivé, la navigation sur le Colorado n’avait plus la même importante. Afin d’éviter les inondations, de produire de l’électricité, de développer l’agriculture et de régulariser le débit du fleuve, on construisit au siècle dernier plusieurs barrages dont le plus célèbre est le barrage Hoover. Ces barrages créèrent plusieurs lacs de retenue importants (Mead, Powell, Mohave, Havasu…) dont la capacité totale de retenue est aujourd’hui de quatre fois le débit annuel du fleuve qui est de 15 millions acres/pied.

Je l’ai dit plus haut : dans le désert ce qui compte c’est l’eau. Très tôt après la construction du premier barrage la chicane s’est installée entre les villes, les États. Le gouvernement créa alors le Bureau of Reclamation qui négocia une entente de partage des eaux entre les sept États riverains en 1922. Le principe de répartition, à l’origine, était basé sur la loi de la rivière qui stipule premier dans le temps, premier en droit ou encore premier arrivé, premier servi! Chacun se vit allouer un quota. Mais on oublia le Mexique…! Ce n’est qu’en 1944 que l’on consentit à négocier avec celui-ci.

Aujourd’hui, le Mexique reçoit moins de 10% de l’eau du fleuve! Les canadiens auraient avantage de se souvenir de ce fait avant de négocier quelque détournement que ce soit des eaux des Grands Lacs vers les États-Unis… Le fleuve Saint-Laurent avec seulement 10% de son approvisionnement à la sortie du lac Ontario aurait une drôle d’allure à son arrivée à Montréal…!

Tout au long de son cours, on ponctionne le Colorado. Pour l’agriculture, bien sûr, mais aussi de plus en plus pour alimenter les grandes villes : San Diego, Los Angeles, Phoenix, Tucson, Las Vegas, etc. En fait plus de 18 000 000 personnes dépendent des eaux du Colorado.

Maintenant, les eaux du Colorado qui étaient rouges à l’origine sont turquoises, car les alluvions sont retenues par les barrages et les plans d’eau. Quatre des sept espèces de poissons natives du fleuve sont sur la liste des espèces en danger. À cause de la déforestation des rives, certains affluents du fleuve qui coulent dans le désert (Salt, San Pedro, Santa Cruz) s’assèchent maintenant durant une partie de l’année. Enfin, la chicane est de plus en plus virulente entre les agriculteurs et les villes. Finalement, afin d’en augmenter son débit, on veut sous peu imperméabiliser le Main American Canal qui part de Yuma et alimente la ville de San Diego. En procédant ainsi, on coupera l’approvisionnement en eau de la nappe phréatique mexicaine de la région de Mexicali. Les agriculteurs mexicains n’auront qu’à se recycler…!

UNE FRONTIÈRE POREUSE

Parlant de Mexicains, il y a lieu de vous rappeler que nous sommes dans une des régions frontalières où il y a le plus de problèmes. C’est par dizaines de milliers que des hispanophones (et pas uniquement des Mexicains) entrent illégalement aux États-Unis. La population de Yuma est elle-même hispanophone à près de 50% et donc naturellement sympathique aux illégaux. Les travailleurs agricoles lors des différentes récoltes sont aussi hispanophones à plus de 98%. À cause de la proximité de la frontière, plusieurs Mexicains ont un permis de travail et traversent légalement la frontière chaque jour. Mais plusieurs aussi, travaillent avec de faux permis.

Sauf les propriétaires agricoles qui s’en foutent, les blancs d’origine anglo-saxonne ne sont pas très heureux de la situation. On blâme le gouvernement fédéral, on crie fort dans les médias, on parle de criminalité à la hausse, d’importation de drogues. On croit que les terroristes arabes qui veulent détruire le pays pourraient s’infiltrer facilement…

Récemment un hélicoptère de l’armée mexicaine s’est aventuré quelques minutes au-dessus du sol sacré américain. Sans doute voulait-il protéger des passeurs de drogue. Certains prétendent qu’on aurait dû l’abattre… D’ailleurs, on prétend que des douaniers mexicains ont été vus (oui, oui, vus…) à protéger des contrebandiers.

Devant une telle situation, des milices civiles volontaires patrouillent eux-mêmes et gratuitement la frontière. Bien sûr, ils doivent s’armer contre les serpents…, mais ils ne font qu’aviser les Mexicains de retourner chez eux et que traverser la frontière n’est pas légal…!

Parfois les policiers et les douaniers américains trouvent des cadavres dans le désert. Ils ne sont pas tous morts de soif et certains ont la peau trouée. Sans doute un règlement de comptes entre contrebandiers, et comme ils n’ont pas de papiers ou de faux-papiers, l’enquête est vite terminée et les cadavres enterrés…! Enfin, certains illégaux ont été battus et volés… mais toujours par des hommes masqués. Mais n’ayez crainte : les milices veillent et de tels incidents ne devraient plus se reproduire…!

On envisage une nouvelle législation à Washington… pour permettre aux Mexicains de venir faire les récoltes et de maintenir ainsi le bas prix des légumes et des fruits. ..

Les Américains sont très hypocrites dans ce dossier. Et, bien sûr, les entreprises agricoles financent les campagnes électorales des candidats, surtout Républicains!

LES LONG TERM VISITOR AREA (LTVA)

Aux États-Unis les terres publiques représentent une portion très appréciable du pays dans son ensemble. Dans sa sagesse, Oncle Sam a créé diverses agences gouvernementales et leur a distribué les différentes portions du territoire public. Le Bureau of Land Management (BLM) a hérité d’une partie du désert dans la région de Yuma.

Suite à des pressions probables des offices de tourisme de la région, le BLM a mis sur pieds d’immenses terrains de camping sans emplacements précis et avec des services limités. Eau potable, vidange des eaux usées et déchetterie sont disponibles à un endroit ; mais c’est tout ! Chacun s’installe où il le désire et pour le temps qu’il le désire… Tarif pour la saison du 15 septembre au 15 avril : 160 $. On se retrouve donc avec des centaines d’autres campeurs qui tous doivent se débrouiller. On y retrouve que les plus braves des braves… ! Les gens s’entraident et s’échangent des trucs.

Voici une véritable situation gagnant-gagnant : le gouvernement récolte quelques revenus après avoir très peu investi, les commerçants de Yuma voient augmenter la population de tourisme longue durée et les campeurs campent pour longtemps à peu de frais.

Ne pourrait-on pas envisager un tel système au Québec dans certaines régions et pour certaines périodes? Et pourquoi pas en France, en Europe ou en Afrique du Nord ? En Provence, en Corse, en Sicile, en Grèce, au Maroc, en Tunisie, en Egypte…. Pourquoi pas ?

LES QUÉBÉCOIS DE L’OUEST

Autant nous avons été déçus de certains Québécois (pas tous) rencontrés près de Miami, autant nous sommes heureux des rencontres avec des compatriotes faites dans l’ouest du pays. Ceux de l’ouest sont plus aventuriers, plus autonomes et finalement plus sympathiques. L’Arizona et la Californie sont loin du Québec : il faut traverser tout le continent. De plus, camper dans un LTVA demande une bonne débrouillardise. Nous apprécions ces rencontres et profitons de l’expérience des autres.

Il y a donc plus d’une sorte de campeurs québécois !

Ce sera tout pour cette fois

Serge

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Publié dans Réflexions

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