Nouveau départ
Jeudi, le 13 avril 2006
Bonjour à tous,
Nous avons enfin bougé, bougé et monté, et monté vers le nord! Et comme dit mon sexologue : ‘Quand ça bouge et ça monte… c’est un très bon signe…! ‘ (Mais rien de tout ceci ne vous concerne, bien sûr…).
Nous étions au Imperial Dam LTVA (long term visitor area) depuis lundi le 6 février et nous avons quitté cet endroit jeudi le 6 avril, soit 58 jours plus tard. C’est évidemment notre plus long camping et celui qui devait nous permettre de récupérer un peu financièrement…
Nous avons bien aimé ce camping du désert en Californie, tout près du Colorado et à environ 35 km au nord de Yuma. Pour qui veut se refaire une santé financière, un loyer de 140 $ pour 7 mois (15 septembre – 15 avril) représente une aubaine. C’est cependant un peu loin de Yuma et il vente parfois assez fort. Certains sites à l’abri existent mais il faut y arriver dans les premiers…!
La proximité du fleuve Colorado nous a permis d’utiliser notre Zodiac à quelques reprises. Naviguer sur des eaux turquoise en plein désert montagneux est une expérience un peu hors de l’ordinaire. L’aridité et la désolation du désert contrastent fortement avec les eaux fraîches et limpides du fleuve. Un mince ruban de végétation sur chaque rive grouille d’oiseaux et sert de transition entre eau et désert.
Nous avons donc quitté Imperial Dam pour La Posa, un autre camping LTVA situé à environ 100 km au nord, à Quartzsite. C’est toujours dans le désert, toujours pas cher, et toujours avec des services limités.
QUARTZSITE
Cette très petite ville du désert de quelques milliers d’habitants ne semble vivre que l’hiver alors que de très nombreux campings (LTVA et privés) accueillent au total environ 1 000 000 de personnes durant la saison (nous dit-on en forçant peut-être un peu la note). Mais le 6 avril à Quartzsite c’est la fin de la saison, et nous n’avons rencontré que quelques centaines de motorisés…! Plusieurs commerces qui offrent des biens et services spécifiquement aux campeurs étaient déjà fermés.
La ville est située en Arizona, sur l’autoroute 10 qui relie Phoenix à San Francisco, à environ 30 km à l’est du Colorado et donc de la frontière de la Californie.
Vendredi le 7 avril nous en avons profité pour aller visiter Joshua Tree National Park, notre premier parc en Californie ainsi que la ville voisine du parc Palm Springs.
Le JOSHUA TREE NATIONAL PARK
Le nom du parc (arbre de Josué) tire son nom du fait que cette variété de yucca dont les branches sont étrangement tordues, évoquait, pour les premiers pionniers mormons, la silhouette de Josué indiquant la terre promise. Je le reconnais, c’est bizarre comme explication, mais comme nous sommes dans le Bible Belt (ceinture biblique), il faut avoir la foi, ne pas cracher par terre et s’abstenir de sacrer (ceci bien sûr, seulement pour les Québécois dont la propension à invoquer fréquemment le nom de Dieu pourrait choquer les Mormons…).
Le parc se situe à la rencontre de deux déserts distincts : à l’Est le bas désert du Colorado (Sonora) et à l’Ouest le haut désert Mohave. La végétation y est différente en partie, mais le parc est reconnu pour la beauté de sa floraison printanière. Même si le printemps est quelque peu en retard cette année, nous avons vu beaucoup de plantes en fleurs.
De l’autoroute 10 nous entrons dans le parc par le Sud et dans le désert du Colorado. Après quelques kilomètres, nous pénétrons dans une longue vallée : le Pinto Basin. On y rencontre, entre autres, une concentration unique d’ocotillos, sorte d’arbustes à tiges verticales, avec ou sans feuilles, dont les fleurs rouges se situent au bout des tiges au printemps.
Le Pinto Basin nous offre aussi le jardin des cactus Cholla. Le Cholla est un très beau cactus qui présente un aspect de boules duveteuses. Ne pas toucher! Lit-on partout… mais peut-être ne connaissez-vous pas bien Nicolas…
Au sortir de la vallée, la route grimpe et on arrive au désert Mohave. Changement de décor… On y retrouve d’immenses blocs granitiques agglutinés ici et là. On découvre aussi plusieurs petits camping sans service (mais à 10 $ - 15 $ tout de même…) qui permettent l’accès à de nombreux sentiers.
Nous apercevons enfin les arbres de Josué qui sont très particuliers (voir nos photos). Certains atteignent 10 mètres de haut. À certains endroits, ils semblent former une forêt assez dispersée.
Une branche sans issue de la route principale nous amène à un promontoire spectaculaire, le Keys View qui domine la vallée Morongo ou se situe Palm Springs. La vue est très belle et permet d’apercevoir deux montagnes au sommets enneigés : le San Gorgonio (3505 m) plus haut sommet du sud de la Californie et le San Jacinto (3293 m). Au Sud, on devine le grand lac Salton.
Malheureusement, la vue est partiellement obstruée (plus ou moins selon les jours) par la pollution générée par Los Angeles, située directement à l’ouest à plus de 100 km…! Des panneaux explicatifs mentionnent que la Californie a adopté des lois pour combattre la pollution. Cela semble bien peu efficace lorsqu’on contemple ce magnifique point de vue noyé dans le smog… ‘C’est vrai qu’il faudrait bien faire quelque chose’ se disent deux cowboys avant de retourner dans leurs Hummers, immenses véhicules monstrueux qui n’ont aucune réelle utilité autre que celle de prouver qu’on peut se les payer…
PALM SPRINGS
Au début du 20e siècle des sources chaudes naturelles et un climat sec font de Palm Springs une petite ville thermale. Située dans un bassin encadré par les chaînes montagneuses de San Jacinto et de Little San Bernadino, la ville se développe véritablement dans les années 1930 quand les stars d’Hollywood découvrent les attraits de la vie à proximité du désert. Un plan d’occupation du territoire respecté à la lettre à Palm Springs (et dans les municipalités environnantes) a conservé à la municipalité son caractère élégant : ici point d’enseignes lumineuses tapageuses et d’immeubles en hauteur. Ça fait tout un choc lorsque l’on réalise qu’on est au pays de l’oncle Sam.
Cette ville est donc élégante et belle. Plusieurs styles architecturaux s’y mêlent harmonieusement et les couleurs pastel dominent.
Palm Springs se veut la capitale mondiale du golf et c’est vrai qu’ils sont très nombreux (plus de 80 terrains, dont plusieurs offrent des parcours de niveau international). Mais que d’eau gaspillée pour verdir ce désert…!
De nombreuses boutiques élégantes (et hors de prix) bordent les principales artères commerciales. Enfin, tout comme à Hollywood, on retrouve un trottoir des célébrités. Même des vedettes françaises y trouvent leur étoile…
Dimanche le 9 avril nous avons été visiter Lake Havasu City située plus au nord sur le Colorado et, en passant, le Parker Dam (barrage le long du Colorado).
PARKER DAM
Ce barrage a été construit en 1938 afin de créer un lac artificiel permettant d’approvisionner Los Angeles en eau via l’Aqueduc du Colorado qui débute par une prise d’eau gigantesque située un peu en amont du barrage. Depuis septembre 2001, le barrage ne se visite plus à cause de la paranoïa américaine concernant le terrorisme (encore un autre exemple désolant…!). Depuis sa construction, le barrage servait de lien entre les deux rives et avait permis la construction d’une petite route de villégiature sur la rive ouest du Colorado. Le passage sur le barrage constitue maintenant un étroit goulot resserré à dessein par des blocs de ciment qui permet à peine à une voiture de passer…! Le tout est surveillé par deux postes de gardes situés à chaque extrémité du barrage et toute circulation est interrompue la nuit…toujours à cause des terroristes…!
Les pauvres résidents de la rive ouest doivent donc se contenter d’un étroit passage et seulement à certaines heures. Il leur reste sans doute la navigation pour traverser le Colorado en cas d’urgence! Toute cette folie anti-terroriste m’a donné l’idée d’un roman-catastrophe… pour lequel j’ai commencé à faire quelques recherches… Peut-être un jour…!
LAKE HAVASU CITY
Le barrage Parker a créé le lac Havasu en plein désert qui fait environ 60 km de long. Il n’en fallait pas plus pour qu’un millionnaire américain du nom de Robert McCulloch, achète, sans doute à prix dérisoire, un immense terrain sur la rive Est du lac Havasu au début des années ’60. Lake Havasu City était née…!
Mais comment attirer une population dans une ville à peine naissante dans le désert et loin de toute autre agglomération?
Alors que notre millionnaire était à la recherche d’une solution, il apprit, en 1962, que la ville de Londres (oui, oui en Angleterre) désirait se départir d’un vieux (1824) pont de pierre au-dessus de la Tamise considéré vétuste et trop étroit. N’écoutant que son grand sens civique, il saute dans son jet privé et arrive juste à temps pour participer à l’enchère publique du pont. Les enchérisseurs pour un vieux pont de Londres ne sont pas légion, et notre héro s’accapare du lot pour 2,5 millions $ US. Une vraie aubaine!
Mais l’aventure ne fait que commencer! Le nouveau propriétaire fait démonter le pont, pierre par pierre, en n’oubliant pas de bien les numéroter (!), et embarque le tout sur un cargo qui se rendra en Californie via le canal de Panama. On décharge les pierres sur des camions et le tout se retrouve dans le désert de l’Arizona, le long du lac Havasu, dans une ville qui n’en est pas encore une…!
Se rappelant sans doute ses jouets d’enfant, notre bon monsieur se met à jouer avec ses blocs de pierre et à remonter lentement son pont. Il finit par y arriver et, se reculant pour admirer son œuvre il constate avec horreur l’immense erreur qu’il a commise… Un pont, ça sert à franchir un cours d’eau, surtout si l’on vient de Londres et que l’on a enjambé la Tamise pendant près de 150 ans! Mais le pont remonté de monsieur McCulloch ne franchit que du sable à quelques centaines de mètres du lac Havasu!
Qu’à cela ne tienne, notre aventurier moderne fait creuser un canal qui, oui, oui, je sens que vous l’avez deviné, passe directement sous le pont de Londres…! Ainsi, Lake Havasu City se dote d’une île qui est maintenant très célèbre. Autour du pont, on crée English Village, un quartier de boutiques et de restaurants imitant le style Tudor.
Et en 1971, le pont est officiellement inauguré par le gouverneur de l’état et le maire de Londres, qui n’en revient pas de sa bonne fortune, lui qui pensait devoir débourser une fortune pour démolir le pont…!
Depuis ce jour béni, Lake Havasu City et son pont de Londres ont connu la gloire et une grande croissance démographique. On compte maintenant plus de 50,000 habitants. Moyenne d’âge : 78,7 ans. Revenus moyens : 147,894. $ US…! Les hôpitaux poussent comme des champignons et tous les médecins ont la peau du ventre bien tendue.
La morale de cette histoire? Si vous voulez connaître le succès et que vous n’avez pas de culture… achetez-vous en une! Après le monastère espagnol en Floride et le château français en Californie, voici le pont anglais en Arizona. Nous verrons bien ce que nous réservera le Nevada dans sa grande ville culturelle : Las Vegas!
Le canal sous le pont fait quelques centaines de mètres et longe un très joli parc. Très régulièrement, des centaines fils à papa et plusieurs petits vieux naviguent dans le canal aller-retour à 5 km/h et exhibent leurs immenses embarcations rutilantes à moteurs sur compressés. Les plus chanceux (ou les plus riches…) arborent aussi quelques jeunes naïades aux mini bikinis : ça décore et ça garde jeune (mais qui suis-je pour lancer la pierre à ces bons vieux moi qui ai aussi enjolivé mon motorisé d’une jeunesse. Faut dire que je l’ai mariée et lui ai fait un enfant. En fait, non : je lui ai fait un enfant puis je l’ai mariée. Ça me fait donc deux décorations dans le motorisé)…
Nous avons quitté Quartzsite mardi le 11 avril pour rejoindre un camping Escapee à Casa Grande, environ 85 km au sud de Phoenix, capitale de l’Arizona.
PHOENIX
Nous sommes venus dans ce camping pour profiter d’un tarif réduit (2.50 $ par jour en camping sans service) mais surtout pour, encore une fois faire réparer notre ordinateur portable Toshiba de malheur…! En moins d’un an on a changé la carte mère et le disque dur. Il semble cette fois-ci que ce soit la carte graphique…Et quoi encore! Nous verrons bien… Donc, nous attendons!!!
Ville importante, Phoenix compte une population de plus de 3 250 000 habitants. Construite en damier où les rues principales sont espacées de 1,5 km, il est très facile de s’y retrouver.
Nous aborderons la visite de la ville dans le prochain texte. D’ici là, soyez sages et portez-vous bien.
Serge
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