Retour aux Outer Banks
Lundi, le 31 octobre 05
Bonjour à tous,
Aujourd’hui je reviens sur la portion de notre voyage qui s’est déroulée dans les Outer Banks en Caroline du Nord. Les Outer Banks sont une série d’îles situées au large de la côte et qui s’étirent sur plus de 150 km. Du nord au sud, elles sont reliées par des ponts et par un traversier gratuit entre Hatteras et Ocrakoke, l’île située la plus au sud. De cette dernière, on revient à la terre ferme par un autre traversier. On est alors à plusieurs kilomètres du continent et le passage dure près de 90 minutes.
À cause des courants et des hauts-fonds, les Outer Banks sont depuis toujours considérés comme le cimetière de l’Atlantique et on y a dénombré plusieurs centaines d’épaves. C’était aussi le repère préféré de nombreux pirates qui pouvaient surveiller le passage des bateaux vers l’Europe qui empruntaient le Golf Stream un peu au large. Les passages entre les îles ainsi que les détroits entre la côte et les îles (Pamlico Sound, Albemarle Sound, etc.) permettaient aux pirates dans leurs bateaux à faible tirant d’eau d’échapper à leurs poursuivants. Ils pouvaient aussi caréner facilement les coques de leurs navires.
À l’époque (fin 17e, début 18e siècles) et avec une telle côte aussi torturée, l’économie de la Caroline du nord battait de l’aile en comparaison de ses voisines la Virginie et la Caroline du sud. Les villes et villages étaient souvent isolés et seule la pêche permettait une maigre survie. Il est alors facile de comprendre que les pirates étaient les bienvenus! Ils vendaient à vil prix (et sans taxes…) des biens précieux <réquisitionnés> auprès des galions espagnols et des riches bateaux marchands anglais. De plus, dès qu’ils touchaient leur part du butin, les matelots s’empressaient de tout dépenser dans les différents débits de boissons et dans les bras de femmes aux mœurs légères. Quelle manne pour l’économie locale de l’époque! (Il en reste encore aujourd’hui quelque chose puisque l’arnaque aux touristes est toujours pratiquée dans les Outer Banks…). Même le gouverneur anglais de l’état n’était pas insensible aux charmes économiques des pirates, et je me suis même laissé dire qu’il…. Mais ce ne sont peut-être que des calomnies… Malheureusement, toute bonne chose a une fin et en novembre 1718, le plus fameux des pirates, Edward Teach dit Barbe-Noire et son équipage de joyeux larrons furent vaincus par un navire anglais le long des côtes de l’île d’Ocrakoke. On lui coupa la tête sur le champ qu’on suspendit immédiatement au beaupré du navire… et on n’entendit plus jamais parler de Barbe-Noire! Cet événement fut le début de la fin de la piraterie dans cette région du monde.
Durant la dernière guerre mondiale, les U-Boats allemands s’attaquèrent avec succès au commerce maritime américain au large des Outer Banks. De nombreuses épaves en témoignent.
Mais revenons à notre voyage. Nous avons quitté Virginia Beach vendredi le 7 octobre sous la pluie. Après un léger détour inutile à Manteo dans l’ïle de Roanoke (tiens, encore ce nom…) ou le camping envisagé s’était transformé en un développement domiciliaire, nous avons filé un peu plus au sud dans le petit village de Rodanthe. Nous y avons trouvé un camping peu intéressant mais qui fit l’affaire pour une nuit. Le lendemain nous avons déménagé dans un petit camping beaucoup plus sympathique le Rodanthe Watersports and Campground situé du côté du Pamlico Sound. Nous y avons rencontré plusieurs Québécois fanatiques de la planche à voile et du kite (sorte de cerf-volant qui tire un planchiste et le fait parfois voler au-dessus des vagues). Nous avons passé 7 jours à cet endroit, mais malheureusement il a plu plus souvent qu’autrement et parfois violemment. Avec toute cette eau, la seule route des îles était parfois inondée et les équipes du ministère des transports s’affairaient à creuser des rigoles pour évacuer l’eau et faciliter ainsi la circulation.
Durant la semaine nous avons visité le Wright Brothers National Monument à Kill Devil Hill, le Fort Raleigh National Historic Site et le phare d’Hatteras à Cape Hatteras. Le monument honorant les frères Wright est impressionnant. Il est situé sur un tertre de plusieurs dizaines de mètres qui domine le champ ou furent faits les premiers vols. Il est impressionnant d’être sur place et de se dire que c’est de LÀ à LÀ et là, et là et enfin là encore que furent effectués les premiers vols motorisés de l’histoire. Sans cette invention de l’homme, Sandrine et moi ne nous serions jamais rencontrés… et Nicolas ne serait même pas dans un rêve…! Il y a matière à faire réfléchir le jeune homme!
La visite du Fort Raleigh nous a fort déçus… Ce fut une colonie antérieure à celle de Jamestown. Sur place on y trouve quelques petits tas de terre dans une forêt clairsemée. On nous dit que ça pourrait peut-être représenter ce qui aurait pu peut-être être le Fort Raleigh dans un lieu dont on est certain de ne pas savoir où il se trouve mais qui serait sans doute pas très loin…!!! De plus, tous les habitants de la colonie ont disparu et on n’a aucune idée de ce qu’il est advenu d’eux…! L’endroit porte le surnom de Lost Colony (Colonie perdue) … Aurait-on affaire à une légende urbaine ancienne? Il semble que non et les Américains y croient dur comme fer. Ils précisent même que dans cette colonie éphémère est né le premier enfant anglais en Amérique (Virginia Dale pour tout vous dire, mais elle a aussi disparue avec sa gang de perdus…!). Dans un grand panneau ostentatoire la ville voisine de Manteo prétend être la ville du premier berceau anglais en Amérique…! Bien sûr, vous l’aurez deviné, nous sommes aux Etats-Unis d’Amérique et la modestie n’a pas sa place.
Le phare du cap Hatteras se situe à l’intersection de l’articulation des îles des Outer Banks; ou, en d’autres mots, à la pointe Est. C’est un phare très haut et très prestigieux que l’on a déplacé sur près de 900 m en 1999 afin de le protéger contre l’érosion galopante de la pointe de l’île. Il est peint en spirale noire sur fond blanc et ressemble ainsi à un sucre d’orge torsadé. On nous dit que la vue du sommet est époustouflante. Moi, je veux bien le croire mais comme j’ai peur des hauteurs je n’y serais pas monté. De toute façon, la visite du phare était terminée pour la saison depuis 4 jours lorsque nous nous y sommes présentés. Sandrine n’a donc pas eu l’occasion de me traiter de peureux…
L’Atlantique face au phare présente une mer violente et très belle. Les vagues se fracassent avec violence sur la plage ravagée par l’érosion. Des digues de retenue perpendiculaires à la plage tentent bien que mal de ralentir l’œuvre du temps mais sans trop de succès. Le déplacement du phare permettra de gagner quelques dizaines d’années… Les îles des Outer Banks demeurent un endroit de rêve pour y admirer la nature sauvage et le combat constant entre la terre, la mer et le vent. Heureusement, la très grande partie de ces îles est comprise dans le Cape Hatteras National Seashore, donc à l’abri du développement effréné et du mercantilisme outrancier. Pour le moment!
Petite anecdote : nous traversons un pont qui nous amène dans une île qui se nomme Pea Island.
Dialogue :
MOI : tiens nous arrivons à Pea Island, l’île du Pipi
SANDRINE : (après une très longue rèflexion d’au moins 30 secondes et peut-être plus) mais…non… Pea Island ça ne veut pas dire l’île du Pipi mais bien plutôt, je crois, l’île des pois. Est-tu certain de ce que tu dis?
Nicolas et moi, nous la rions encore…… surtout que Sandrine a une attirance certaine et irrésistible pour visiter toutes les toilettes publiques que l’on croise… (Pipi-minute peut-être?) Mais bref, c’est ici une autre histoire qu’il ne faudrait pas trop ébruiter…!
La visite des Outer Banks s’est faite en 2 temps : 8 jours à Rodanthe et 5 jours (du 15 au 20 0ctobre) au Cape Hatteras National Seashore Campground sur l’île d’Ocrakoke. Ce dernier endroit est particulièrement intéressant pour goûter la mer. Le camping est directement sur l’Atlantique et il y avait assez peu de campeurs lors de notre passage. On peut marcher des milles et des milles sur une plage complètement déserte si on le désire. C’est donc la communion possible de l’homme et la nature dans sa forme la plus primitive. Ça peut déstresser beaucoup et c’est hautement recommandé par votre médecin préféré…!
Durant notre séjour à Ocrakoke nous avons surtout eu du beau temps ce qui faisait contraste avec la semaine précédente. Le petit village d’Ocrakoke est très joli et pittoresque. C’est une petite station balnéaire intéressante qui se visite facilement à vélo ou à pieds. On y trouve un petit phare, un port de plaisance, un cimetière de marins anglais (suite à une attaque d’un méchant U-Boat allemand), quelques hôtels, quelques commerces, 3 policiers et finalement une bibliothèque dont les ordinateurs n’acceptent pas les cookies provenant d’Internet. C’est de ce village que nous prendrons bientôt le traversier pour revenir sur le continent. Ce sera pour le prochain épisode…
Ce sera tout pour cette fois
Serge