La traversée du désert
Yuma, le vendredi 27 janvier 2006
Bonjour à tous,
Tout comme le Christ, nous avons connu la traversée du désert! Au début (Alabama, Mississippi, Louisiane) pas de problèmes : la route est belle et nous constatons avec sympathie les dommages causés par les ouragans de la saison 2005.
Puis nous entrons au Texas. Nous traverserons cet immense état pratiquement en ligne droite de l’Est vers l’Ouest. Nous constatons bientôt que la végétation change doucement, mais nous progressons trop rapidement pour étudier le phénomène.
Jusqu’à San Antonio, nous sommes toujours en plaine. Tout de suite après cependant, nous abordons une région de collines douces et de longues vallées. Le désert arrive rapidement ainsi que les cactus : toutes sortes de cactus.
De Fort Stockton à Yuma c’est le vrai désert : celui avec les Saguaros (les immenses cactus), la chaleur du jour et la fraîcheur de la nuit, le vent qui soulève la poussière et roule de petits arbustes en boule sur la route, les éoliennes à pales qui pompent l’eau des puits et l’absence d’agglomérations. On peut faire ici 50 ou 75 km ou plus sans voir un village… ou une pompe à essence! C’est le pays de Sergio Leone et des éoliennes qui crissent. On regrette de ne pas voir Lucky Luke, Jolly Jumper, Rantanplan et… les Dalton! Les cowboys sont rares, mais ceux que l’on rencontre sur la route ont troqué leur cheval pour un truck (excusez le jeu de mots…!). En fait, ils conduisent majoritairement des pick-up, véhicules utilitaires à une ou deux banquettes et comportant une benne de chargement non basculante (explications données ici pour nos amis européens qui connaissent peu ce genre de véhicules…).
Mais le véritable choc culturel lorsqu’on arrive dans le désert c’est le paysage…! Les mesas (montagnes abruptes à sommets habituellement plats et souvent isolées) sont au rendez-vous. On ne se lasse pas de les découvrir et de les contempler. Et on est, la plupart du temps, seuls sur la route, car, tout comme la civilisation, la circulation nous a quittés peu après San Antonio. Le désert du Texas est souvent désert! Souvent, nulle âme qui vive autour de nous et toute cette splendeur de la nature uniquement pour nous, pour nous tous seuls…!
Mais il ne sera pas dit que notre traversée du désert se fera sans problèmes… Ceux qui nous suivent depuis notre départ connaissent notre chance proverbiale…
En quittant Fort Stockton, notre réservoir indiquait plein à 50 %. Aucune station-service du coin ne nous semblait avoir un prix qui nous convenait et nous décidons d’aller voir plus loin si les prix ne seraient pas meilleurs. Mais plus loin, c’est beaucoup plus loin! Les villages indiqués sur la carte routière ne sont pas tous réellement là (les villages-fantômes, vous connaissez?) et plusieurs ne regroupent que quelques bicoques et n’ont aucun commerce… donc pas de carburant à vendre! De plus, le relief se modifie et le pli des chaînes de montagnes se rapproche. Nous devons donc grimper des cols (petits, mais quand même…) de plus en plus souvent et donc consommer plus rapidement que prévu le carburant qui nous reste. Vous me voyez venir?
Ce qui devait arriver… arriva! Dans une montée un peu pentue, le Tortillard se met à tousser, à crachoter, à renâcler, bref il manque d’essence…! Malheur! Nous sommes au milieu du désert, il n’y a personne autour, nous sommes dans une pente et Dieu seul sait à quelle distance est la prochaine station-service…! Mais notre ange gardien veillait : nous avons environ 15 litres d’essence dans un bidon destiné à alimenter le hors-bord. Nous vidons le tout, et jusqu’à la dernière goutte je vous prie de me croire, dans le réservoir du Tortillard!
Nous repartons doucement jusqu’en haut de la colline et par la suite nous profitons de toutes les descentes pour économiser le carburant! Quelques kilomètres plus loin, enfin, une station-service! Nous sommes sauvés, mais nous avons compris : dans le désert, quel que soit le prix de l’essence, il faut remplir son réservoir en partant le matin…! On le fera plus…
Mais notre traversée du désert n’était pas terminée pour autant…
Le lendemain, avec un réservoir d’essence bien rempli nous abordons le désert du Nouveau-Mexique et de l’Arizona. Le relief s’est quelque peu adouci, mais le vent s’est levé! Un gros vent, et de face… Tout comme la veille dans les collines, la consommation d’essence du Tortillard se fait plus rapide que prévu… Pas de problèmes, nous avons fait le plein avant de partir.
Le vent souffle de plus en plus fort, le réservoir est de plus en plus vide, et la conduite de plus en plus difficile. Lorsque la jauge indique moins de la moitié, nous rappelant sagement notre mésaventure de la veille, nous décidons sagement de faire essence dans un petit (non, moyen) village de l’Arizona, Willcox.
En quittant ce village vers midi, nous devons faire un arrêt imprévu avant d’arriver à Yuma. Ce sera au Saguaro One dans un col de montagne. Camping minable, mais dans un décor somptueux abondamment doté de cactus géants Saguaro.
Le lendemain, samedi 21 janvier, nous arrivions à notre destination finale. Le désert était traversé. Une nouvelle étape de notre voyage s’ouvre devant nous, mais je vous raconterai Yuma la prochaine fois.
Au plaisir
Serge