La grande traversée
Yuma, le 29 janvier 2006
Bonjour à tous,
Serge vous a parlé de sa traversée du désert, je serai plus large et je parlerai de la grande traversée. Tout d’abord, j’étais beaucoup moins nerveuse que lui face à ce long voyage. Il faut dire que je me fie beaucoup à lui pour le trajet (vous connaissez mon don pour les cartes routières!), les étapes et la mécanique. Mon rôle est plus traditionnel : je m’occupe de l’intendance et je participe à la conduite. Je suis d’une nature positive et tant qu’il n’y a pas de problème, il n’y a pas de raison de s’inquiéter!
J’ai toujours aimé voyager. Petite, j’adorais les longs voyages en auto que nous faisions de nuit. Plus tard, j’aimais prendre le train pour me rendre au pensionnat. J’ai longtemps rêvé de devenir camionneuse, pour rouler sur de belles routes et voir du pays. Vous comprendrez que la perspective de parcourir de plus longues distances m’enthousiasmait.
Comme d’habitude, Serge avait tout prévu et tout planifié : les arrêts pour le dîner qui servent de relais pour les conducteurs, et les villes étapes avec des choix de terrains de camping peu éloignés de l’autoroute (pas idéal pour bien dormir à cause du bruit, mais pratique). Tout au long de la route, nous n’avions qu’à admirer les paysages qui défilaient sous nos yeux.
Je reste avec un pincement au cœur d’être passé si vite en Louisiane. Le panneau indicateur à l’entrée de l’État nous souhaitait la bienvenue en français et en anglais et les noms des villes et des villages étaient évocateurs : Bâton Rouge, Lafourche, Fontainebleau, Lafayette ou Maringouins et bien d’autres. On serait bien resté plus longtemps, mais les dégâts de Katrina sont encore très visibles et la grande région de la Nouvelle-Orléans n’est pas encore sûre de son avenir. D'ailleurs, plusieurs histoires de détournements de fonds circulent ces jours-ci sur les ondes américaines. Plus de six mois après les inondations, des réfugiés vivent encore dans des chambres de motel et plusieurs laissés pour compte vivent dans des abris de fortune. Le fait que ce soit des Noirs et des pauvres y est sûrement pour quelque chose, mais qui aura le courage de le dire?
Nous nous sommes promis de revenir et de prendre le temps de visiter toute la région.
Le Texas est un État mythique. Aussi grand que la France, il est célèbre pour son pétrole, ses cow-boys et ses bovins. Nous avons vu tout cela. Les derricks, les raffineries et les grands ranchs. Oui, c’est vrai que le texan porte des bottes, un chapeau et un ceinturon, mais il roule en pick-up (camionnette à grand coffre découvert)! Il y a beaucoup d’élevage de chevaux, surtout à l’est de San Antonio. À l’ouest, c’est plus désertique, mais on retrouve les grands troupeaux de bovins et les éoliennes pour pomper l’eau. Très western comme ambiance, genre film de Sergio Leone.
De San Antonio à El Paso (548 miles ou 877 km), on peut presque compter les villes ou villages sur les doigts des deux mains, il y en environ une quinzaine! La route défile ses quatre voies, en ligne droite, sans fin. De temps en temps, une mesa (plateau montagneux), un village ou une habitation viennent rompre la monotonie du paysage.
Une des choses vraiment impressionnantes qui nous a tenu compagnie à partir du Texas et jusqu’ici, à Yuma, ce sont les immenses trains. Certains ont jusqu’à quatre locomotives et une centaine de wagons! Parfois, nous perdions le compte, et c’est impossible de recommencer à compter, car on ne voit pas le début et la fin en même temps!
El Paso est un grand centre de camionnage. Visiblement, beaucoup des importations et exportations entre les États-Unis et le Mexique passent par cette ville. La conduite aux abords de la ville était assez difficile, mais dès qu’on a quitté la banlieue, la solitude nous a rejoints, pour notre plus grand plaisir.
L’autoroute 10 longe la frontière mexicaine en traversant le Nouveau-Mexique. Les paysages ne sont pas vraiment différents que ceux du Texas et ensuite ceux de l’Arizona. L’arrivée à Yuma est par contre très différente. Toute la région profite de la présence du fleuve Colorado. Des barrages et des canaux d’irrigation permettent une agriculture intensive de fruits (agrumes, dattes), de légumes (salades, choux, etc.) et de fourrage pour les bovins ou ovins. Le désert est retenu à la frontière de la ville!
J’ai adoré faire ce voyage. Les incidents et petites frayeurs font partie de l’aventure! Je retiens bien plus la découverte et le sentiment d’être comme les premiers pionniers, à la découverte d’un nouveau territoire. Mais, pour eux, le voyage était beaucoup plus long, plus dangereux, et plus inconfortable! Avons-nous vraiment de quoi nous plaindre?
Sandrine
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