Adieu au desert

Publié le par Sandrine et Serge

1er juin 2006

 

 

Petites réflexions très personnelles sur le désert

 

 

Nous venons tout juste de quitter le désert. Nous y avons passé plus de 4 mois. C’est long 4 mois, trop long pour Serge qui commençait à en avoir assez! Par contre, je garde un bon souvenir de cette période et de bons apprentissages sur cet écosystème fragile et exigeant.

 

 

Il existe plusieurs types de désert (de sable, de roches, de neige, etc.) et tous se caractérisent par des conditions climatiques extrêmes (chaleur torride ou froid excessif, aridité, etc.) qui ne facilitent pas le développement de la vie (végétale ou animale).

 

 

La météo

 

Le désert du Sonora en hiver est très venteux, poussiéreux, mais les températures sont acceptables. Le printemps est hâtif, les températures chaudes arrivent rapidement et la chaleur devient vite accablante. Une particularité très intéressante est l’omniprésence du soleil. Cela finit par devenir monotone, surtout pour un Québécois!!! Je m’explique pour nos lecteurs français qui ne connaissent pas tous ce trait caractéristique des Québécois : la passion pour la météorologie. Au Québec, parler du temps qu’il a fait, qu’il fait ou qu’il fera est une institution! À tel point qu’il y a une chaîne de télévision qui ne fait que cela! Il faut dire que ce pays vit des conditions climatiques très intéressantes et diversifiées : neige, froid, poudrerie, inondations, gel et dégel, vent, verglas, chaleur torride et humide, pluie diluvienne, etc. Alors, imaginez un peu, mon Québécois qui n’a plus rien à dire, car il n’y a ici aucune variante : le soleil a brillé hier, il brille aujourd’hui et il brillera demain! La seule différence est la présence ou l’absence de vent. Mais, c’est un vent stupide, qui n’apporte rien de bon, juste de la poussière! Le vent, dans un climat normal, apporte un changement de temps (orage, soleil après la pluie, vague de chaleur ou de froid, etc.), mais dans le désert, il n’apporte que de la poussière… Complètement dépaysant pour mon Québécois d’amour, qui avait tellement envie de voir le temps changer!!!

 

 

Nous avons eu chaud. Et même très chaud! Heureusement! Cela n’aurait pas été très intéressant de visiter le Désert de la Mort sous une pluie battante, ou sous une température acceptable. C’est comme venir au Québec en janvier et ne pas avoir de neige ou de froid! Ce n’est pas amusant!!! Par contre, nous avions choisi la bonne journée, car il ne faisait que 39 C quand nous y sommes allés. Le lendemain, la température affichait 47 C. Évidemment, les thermomètres sont placés à l’ombre! Le problème, comme on l’a déjà dit, c’est qu’il n’y a pas d’ombre! Dans notre merveilleux camping sur le bord du Lac Mead, nous n’avions pas d’électricité, donc pas de climatisation. Notre réfrigérateur a eu quelques difficultés à s’adapter à la chaleur et nous avons dû l’aider en plaçant de gros blocs de glace dans un contenant de plastique… Nous n’avions plus besoin de faire chauffer l’eau pour la vaisselle!!!

 

 

En fait, la chaleur est surtout difficile à supporter quand on veut dormir. Ce n’est pas agréable de se coucher dans des draps déjà chauds, de ne pas ressentir de fraîcheur même quand une brise souffle doucement (le vent est chaud!) et de transpirer juste à être couché. Je peux vous dire que ce n’est pas l’idéal pour les câlins…

 

 

Nous n’avons pas vu de vraie pluie depuis l’ouragan Katrina au mois d’août dernier. Personnellement, je ne m’en ennuie pas. Je suis assez contente de constater, chaque matin, que le ciel est bleu et que l’astre jaune est au rendez-vous. C’est vrai, nous avons toujours beaucoup de choses à faire ou à voir et c’est bien plus intéressant par beau temps.

 

 

La vie

 

Vivre dans un écosystème aussi différent que le nôtre nous oblige à revoir nos leçons de biologie. Par exemple :

 

Comment une plante peut-elle se développer sans eau?

 

Comment un organisme peut-il se décomposer sans humidité?

 

Nous avons tous appris qu’une branche morte qui tombe sur le sol va finir par pourrir et se transformer en humus qui va nourrir les autres plantes. Ce processus est plus ou moins long et met en scène des insectes, des animaux (oiseaux et rongeurs) et le temps qui apporte du soleil, de la pluie, du vent, etc. Ici, il n’y a pas de décomposition, car il n’y a pas d’humidité. La branche morte sèche sur place, sans se décomposer. Du bois mort, bien sec, ça prend facilement en feu, mais sans humidité, ça ne pourrit  pas, donc ça n’enrichit pas le sol. Heureusement qu’il y a le vent! Il déplace les branches mortes, les casse et au bout d’un très long processus, les réduit en poussière. Cette poussière qui nous a tellement dérangés et qui finit par s’accumuler dans les creux et les ravines et qui offre un terrain propice à la croissance des plantes après la pluie.

 

Les plantes ont développé des stratégies de survie dans ce milieu hostile (racines très profondes ou au contraire très étendues en surface, réserve d’eau, faire le mort, absence de feuille, fleur époustouflante pour une reproduction rapide, etc.). Comme quoi, au bout du compte, la vie est toujours la plus forte!

 

 

L’eau

 

Forte de cette expérience, je regarde le comportement des humains en général et celui des Américains en particulier et je ne suis pas fière! Nous ne réalisons pas que l’eau est une richesse qui n’est pas inépuisable! Nous agissons comme si nous en avions suffisamment et pour longtemps. Or, ce n’est pas le cas! Ici, dans le Sud-Ouest américain, la consommation est déjà nettement supérieure à la « production » ou plutôt à la quantité disponible. Entendons-nous les écologistes nous dire d’éviter le gaspillage? Pas du tout! Au mois de mars, à Yuma, la télévision nous annonçait tous les jours un nouveau record du nombre de journées sans pluie. L’ancien record était de 103 jours et datait de 1997. Le nouveau est de 132 jours, et il n’a plu que quelques gouttes une journée! Jamais nous n’avons entendu de messages interdisant l’arrosage des gazons ou le lavage des automobiles, ou même des conseils pour éviter le gaspillage! La certitude que l’eau coulera dans les canaux qui irriguent les villes endort les consciences. Pourquoi s’inquiéter? Le Colorado continue de couler! Nous, nous en aurons assez! Que ceux qui nous suivent se débrouillent avec les problèmes que nous leur léguons en héritage! Non, je ne suis pas fière de ce que je vois!

 

 

Je m’inquiète de voir ce géant si près de nous, car les ressources qu’il épuise sans vergogne, un jour, il viendra les chercher où elles sont, c'est-à-dire au Canada et au Québec. Déjà, des projets de vider une partie des Grands Lacs dans des canaux pour alimenter (ou plutôt abreuver) les grandes villes de la Côte Ouest ont été envisagés. Serons-nous assez forts pour résister à la pression que le gouvernement américain ne manquera pas de faire peser sur le nôtre? J’en doute!

 

 

Nous sommes sortis du désert et nous sommes heureux de retrouver des arbres, du gazon, des fleurs. Mais, dans cette région aride, à quel prix profite-t-on de cette végétation?

 

J’aurais aussi pu parler de l’absence de recyclage et de récupération, du gaspillage de l’essence (trop gros moteurs pour rien et jouets mécaniques) malgré les prix plus élevés, du suremballage généralisé des objets, et de tellement d’autres aspects vraiment pas positifs que ce texte aurait été complètement déprimant! Heureusement, au Québec et en France, la conscience écologique de la population est plus grande et des moyens ont été mis en œuvre pour protéger les ressources non renouvelables. Des gestes qui nous sont devenus tellement naturels que nous n’y pensons plus sont ici complètement inconnus, comme ne pas jeter une bouteille vide en vitre, une boîte de conserve, une canette en aluminium, du papier, du carton, des contenants de plastiques et tellement d’autres objets. Nous pensions que ces gestes étaient naturels et normaux. Ici, ils sont exceptionnels et rares. Vivement que les Américains se réveillent eux aussi!

 

 

Le Québec et la France peuvent être fiers de ce qui s’accomplit chez eux, mais ils ne doivent pas s’endormir sur leurs lauriers et au contraire mettre des pressions sur le gouvernement américain pour qu’enfin il fasse sa part!

 

 

Ce sera tout pour le moment.

 

Soyez heureux et profitez bien du printemps!

 

Sandrine

 

 

RÉACTIONS DE SERGE

 

 

Ce n’est pas vrai que les Québécois ne parlent que de météo! Comment Sandrine pense-t-elle que nos arrières grands-parents ont fait la revanche des berceaux? Avec leurs culs, et encore aujourd’hui les Québécois parlent beaucoup du cul… à défaut de pratiquer la chose…! Et lorsque l’on parle d’un temps de cul, on mélange agréablement les deux sujets! Voilà la preuve que nous avons au moins deux sujets de conversation : avis aux Français naïfs qui viendraient dans cette terre d’Amérique française pour la première fois…!

 

 

Pour le reste du texte de Sandrine, je suis assez d’accord… Mais il me semble que la côte californienne doit être différente de la vallée centrale qui ne comporte que des agriculteurs un peu… comment dire… comme en creuse Creuse!

 

 

Serge

 

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Publié dans Réflexions

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